DE VOUS AIEUX, en passant par moi !

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Au coeur d'un Conseil de guerre (3) L'acte d'accusation....

Ce treize août 1877, en entrant dans la salle d'audience, Désiré HIDIER se  trouve face à ses juges :

 

La 2ème Conseil de Guerre maritime permanent est présidé par M. Delassaux, Capitaine de Vaisseau
assisté de MM

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Source : SHD de Toulon

 

Vivielle, Capitaine de frégate
Roux, Capitaine d'Infanterie de Marine
Compriste, Lieutenant de Vaisseau
Maurice, Lieutenant d'Infanterie de Marine
Bonnet, Sous-Lieutenant d'Infanterie de Merine
Bouyssou, Sergent Major d'Infanterie de Marine

tous nommés par le Préfet Maritime

M Bernard Léon commissaire du Gouvernement; Capitaine de Frégate.
M. Deschamps , greffier près ledit Conseil, Capitaine en retraite.

Le prévenu est défendu par Me Moulard du Barreau de Toulon.

Le Président ouvre la séance, vérifie l'identité du prévenu., fait lire par le greffier l'ordre de convocation, le rapport .........

" Sur l'affaire du nommé Hidier Désiré Simon, Sergent Major au 4ème Régiment d'Infanterie de Marine, laquelle a fait l'objet de l'ordre d'informer donné par le Vice Amiral, Commandant en chef, préfet maritime, le 26 juillet 1877.
    Le 16 juillet, le sergent-major Hidier était allé vers huit heures du matin, toucher le prêt, et l'excédent de masse à payer aux hommes de sa Compagnie pour le troisième trimestre, cette dernière somme s'élevant à 150 frcs
A sa sortie de chez le capitaine trésorier, il se rendit au camp, paya le prêt de la compagnie mais ne donna le décompte qu'à un ou deux hommes.
La veille, son capitaine Monsieur Courtes qui savait ne pouvoir assister à ce payement, ayant reçu l'ordre de son chef de Bataillon, de faire cette même journée un travail topographique , avait donné l'ordre à son sergent-major, de préparer un état d'émargement de paye de l'excédent de masse, et de faire signer chaque homme.

Hidier ne fit pas ce qui lui avait été commandé, le soir arrivé, il sortit et ne rentra au camp que vers minuit.
Le lendemain 17 il manqua à tous les services de la journée; le matin au lieu d'aller assister aux cours il se rendit au "Panama" voir deux sergents majors de ses camarades qui venaient de Cochinchine, passa la matinée avec eux, il les invita à déjeuner avec lui au camp. Ils restèrent tout l'après-midi ensemble. Hidier manqua à l'appel du soir, ainsi qu'au contre appel.
Le 18, il se décida enfin à solder une partie de ses hommes, ayant soin de retenir à plusieurs d'entre eux une fraction de ce qui leur  restait dû, puis n'ayant plus d'argent il remit au jour suivant la continuation du payement.
Vers sept heures du soir, le sergent fourrier de la compagnie, à son retour de chez le capitaine, ou il était allé faire signer des pièces, annonça au sergent major Hidier qu'une punition de huit jours de prison lui était infligée par le Commandant de la Cie pour avoir découché étant puni de salle de police.
A cette nouvelle, Hidier prit son sabre, et au lieu de se rendre à l'officier de garde, s'esquiva du camp.
Le lendemain matin, il fut rendu compte au Capitaine : du départ du sergent major et de la réclamation de plusieurs soldats de la Cie qui n'avaient pas été payés de leur décompte. Au retour de la marche militaire, Monsieur le Capitaine Courtis alla au camp, se fit présenter l'enregistrement de la Cie, qu'on fut obligé de retirer de la malle du Sergt major où il était renfermé et constata qu'en effet une somme de soixante-dix à quatre-vingt francs restait encore düe aux hommes.
Dans l'après-midi du 19 juillet, Monsieur Courtis reçut par la poste une lettre d'Hidier, dans laquelle il disait qu'à la réception de la présente lettre, il se serait suicidé, qu'il priait le Capitaine de remplacer l'argent qui manquait pour faire le décompte, de bien vouloir avertir son père de sa mort et que celui-ci rembourserait la somme avancée.
Le 20 au soir, le sergent-major Hidier rentrait au corps, après une absence de deux jours pendant lesquels il serait d'après son dire, resté à errer dans la campagne, la tête complètement perdue, mangeant, quelques fruits tombés des arbres, et buvant l'eau des fontaines; par deux fois il aurait essayé de mettre fin à se jours.
Au commencement de l'instruction, Hidier avait pris le parti de nier le détournement dont on l'accusait, il soutenait avoir été victime d'un vol. On aurait d'après lui pendant son absence de la tente, soulevé le couvercle de sa malle qui n'était fermée que d'un seul côté et pris une certaine quantité de pièces de cinq francs.
Malheureusement pour Hidier, les témoignages irrévocables sont venus réduire sa version à néant;  ainsi il a parfaitement pu être prouvé que le sergent-major Hidier qui n'avait pas touché le prêt  le 16 (cet argent ayant servi a payer un compte de blanchissage ) ne pouvait avoir en sa possession comme argent venant de sa famille qu'une somme de 7 à 8 francs ! qu'il aurait fait des dépenses beaucoup plus fortes du 16 au 18.
Premièrement en compagnie des deux sergents-major de ses camarades pendant les journées et les nuits du 16 au 17.
Secondement, en payant le 18, jour de son départ, la somme de trente-six francs au sieur Marroc fournisseur de vin de sa compagnie, auquel il devait depuis le premier jour de juillet.
bref, voyant les dépositions aussi accablantes pour lui, Hidier avoua enfinavoir pu  dissiper une somme de 25 à 30 francs
Ce sous officier a un caractère des plus léger, et irréfléchi; depuis quelques temps il était réduit aux expédients, devant à l'un et à l'autre, dépensant l'argent qui lui était confié et ne réfléchissant pas au mauvais cas dans lequel il se mettait.
Au mois de mai dernier, il était parti en permission de 15 jours avec une somme de quarante francs sans régler avec son Capitaine malgré l'ordre qu'il en avait reçu, emportant le produit de la vente des eaux grasses et le prêt des sous-officiers de sa compagnie.
Ce n'est que d'après la demande de Monsieur Courtis, que le père d'Hidier envoya l'argent emporté par son fils.
En conséquence notre avis est, qu'il y a lieu de demander la mise en jugement contre le sergent major Hidier, du 4ème Régiment d'infanterie de Marine, pour vol, crime prévu par l'article 248 du Code de justice militaire.

 

 "Hidier Désiré Simon .......vous êtes donc  accusé d'avoir  18 juillet 1877 à Toulon soustrait frauduleusement une somme de soixante seize francs au préjudice de Mr Courtès, votre Capitaine."

 

 



19/05/2013
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