Jeanne SIMON se raconte.....






"Mes parents s'appelaient Marcellin SIMON et Léonie VAST. Mes grands -parents étaient  Joseph SIMON (1) , Hermance CAILLERETZ (2), de Simencourt Augustin VAST (3) et Elisa SIBILLE (4) de Bailleulval.

Mes parents sont venus à Vitry peu de temps avant ma naissance, mes grand-parents qui possédaient une petite maison à Bailleulval l'ont vendue ce qui a permis la reprise d'une forge pour mon père. Il avait une bonne clientèle étant réputé comme bon ferreur de chevaux. Mon frère Emile, guidé par lui était son alter-égo.

Mon enfance a été très heureuse. j'avais de bons parents, des travailleurs infatigables. je suis allée à l'école chez les soeurs, il y avait un couvent de franciscaines, jusqu'à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la loi Combes (5) ayant fait fermer les écoles libres, frères et soeurs ont été expulsés, ont abandonné l'habit ou ont dû s'expatrier pour continuer d'exercer; ensuite je suis allée à l'école communale pour passer le certificat d'études.....(6)



Jeanne SIMON / Léonie VAST / Emile SIMON

Par la suite, "le doyen" (7) de Vitry, qui était riche, a fait ouvrir une classe supérieure dirigée par les religieuses sécularisées,(8) genre de cours complémentaire. J'y suis restée jusqu'à 14 ou 15 ans, ensuite je suis allée chez une couturière. je n'ai jamais gagné d'argent ! Les travaux de la forge étaient payés à l'année ; les fermiers ne réglaient qu'après les moissons ou les betteraves. Ma mère et ma grand mère travaillaient aux champs; elles entreprenaient à l'hectare. De temps en temps, j'allais les aider. Heureusement qu'on avait tous des légumes, poules, lapins, ce qui aidaient beaucoup. Et puis tous les ans, on tuait le cochon. Nous avons toujours été bien nourris.

Dans ma première jeunesse, j'avais quelques bonnes camarades qui sont mortes aujourd'hui. Nous n'avions pas les jeux des enfants de nos jours, à part des poupées. On se réunissait pour les baptiser et faire des petits goûters. Notre  travail quotidien était d'aller ramasser après l'école,  l'herbe pour les lapins à l'aide d'un petit chariot fabriqué par mon père. On y traînait mon frère, mon cadet de trois ans.




Jeanne SIMON / Léonie VAST / Emile SIMON

Puis venaient les vacances. Mon frère et moi partions à Simencourt. Ma mère venait aussi quelques jours pour aider à la moisson. C'était le départ tous les jours dans le grand charriot attelé. Munie d'un grand panier, ma grand-mère y mettait une livre de bon beurre fait par elle, de même qu'un grand pain, des poires William venant du pré. On y faisait de copieux goûters. mon frère trouvait toujours des cachettes d'oeufs. Il aimait les gober. J'aimais beaucoup ma grand-mère.

Puis vint la guerre. J'étais à Simencourt en septembre 14 et bien ennuyée de ne pouvoir rejoindre Vitry. après la défaite de Charleroi (9), l'armée française s'était repliée dans le Nord et à Simencourt, les granges étaient pleines de soldats des régiments du midi déjà débraillés et sitôt installés......ALERTE ! Alors plus de train, aucun transport !

Heureusement qu'on a trouvé un livreur-épicier qui regagnait Douai. Il a bien voulu me laisser à Vitry. C'était vers le 30 septembre. Il était temps, les allemands sont arrivés le 2 octobre. j'étais contente d'avoir pu regagner ma famille. J'aurais été séparée pendant 3 ans !

Après mon mariage en 1918 (10), je suis partie à Rouen. Mon mari avait un petit meublé au 6ème étage. Il travaillait chez un nommé DANIEL.... dans la confection en gros. Il y préparait les tissus pour les ouvrières, mais fin mars, il s'est disputé vaec le patron et a été fichu à la porte.....

Il a décidé alors de reprendre son métier (11). Nous avions une machine à coudre qu'il  m'avait achetée, un matelas et une caisse avec nos quelques vêtements. Nous voilà partis pour Paris ! Il avait un grand oncle et des cousins réfugiés à Paris et à Drancy.
Arrivés gare St Lazare, il a jeté un sou par terre, Paris ou Drancy, pile ou face ?
Ce fut Drancy !  Alors direction gare du Nord !

Hébergés quelques jours chez l'oncle, il a cherché du travail au Bourget. Nous avons trouvé un petit pavillon et avec nos quelques hardes, nous nous sommes installés.
A chaque quinzaine, j'allais avec mon landau, l'attendre au marché du Bourget le samedi, pour acheter selon nos moyens. Entre temps, j'avais mis ma fille Marie-Jeanne au monde chez mes parents à Vitry, qui étaient rentrés début 19.....Ton grand père était un grand débrouillard et il aurait été un bon commerçant....

Ensuite, la reconstruction recommença. On lui a donc conseillé de repartir pour Vitry. en 1920, il a trouvé un prêt, a acheté des machines. Il s'est monté un bel atelier avec un gros moteur à essence : l'électricité n'étant pas encore rétablie. Il a du avoir à cette époque 5 ou 6 ouvriers. mais, en 1925 le travail n'était plus intéressant. de puissantes coopératives du midi avaient pris
possession de tous les gros travaux..  On a donc décidé de repartir pour Paris Sitôt dit, sitôt fait. Nous étions habitués aux changements et heureusement  qu'on était jeunes car vu de maintenant, nous étions un peu fous mais c'était Paris ! Pour les enfants, pour l'école, et on a bien fait ! Alors on al oué un appartement et déménagé : à ce moment nous avions des meubles.

Par la suite, nous avons acheté à crédit un terrain à Drancy. Mon mari est allé démonter le baraquement de trois pièces couverts de tuiles que nous avions acheté et l'a remonté à Drancy.
(12) Il a trouvé du travail et Roger allait chez une dame car il n'y avait pas d'école maternelle.



à gauche : Marie-Jeanne DERACHE et Roger DERACHE
à droite : Léonard DERACHE et Roger DERACHE .
à Drancy en 1935
( au fond, on distingue nettement
la tristement célèbre Cité de La Muette
qui servit de centre de détention de 1941 à1944).


J'ai travaillé dans des bureaux chez Bourgeois, chez Dufayel et en 1929 à " La Providence". Comme le travail commençait à manquer, Léonard a fait une demande à la Providence. Il a été pris au titre de mutilé de guerre.


C'est dommage qu'il n'ait pas connu tous ses petits enfants. C'était un papa gâteau qui a bien gâté ses enfants.
Voilà, un résumé succinct de ce qu' a été ma vie. J'ai tâché de la remplir  mieux possible, d'être une bonne épouse et une bonne mère.

Ecrit en mai 1985.


Notes complémentaires


(1)  Joseph SIMON  

qui  s'appelait en réalité  Charles Marcellin Joseph SIMON voit le jour le mardi 6 novembre 1838 à Simencourt (62123).
Il est le fils légitime de Louis Joseph Guylain SIMON, Charpentier / laboureur, âgé de 33 ans et de Charlotte Marie Josèphe GOUDEMAND, Cultivatrice, âgée de 38 ans. A sa naissance, il a pour frères et soeurs : Augustin Antoine (né en 1827), Jules Désiré Joseph (né en 1832), Julie Augustine (née en 1833), Alphonse Benjamin (né en 1835).

Charles sera Cultivateur.

Son père Louis meurt le 24 juillet 1861, Charles est âgé de 22 ans.

Il s'unit avec Hermance CAILLERETZ, la fille légitime de Marcellin Ambroise Joseph CAILLERETZ et de Pauline Honorine CUVILLIER.

Ils se marient le mardi 18 février 1868 à Simencourt (62123)

Ce couple aura sept enfants :

- Marie; Malvina ; Josèphe née en 1869.
- Marcellin; Guislain; Joseph né en 1870.
- Benjamin né en 1872.
- Paul né en 1873.
- Jules né en 1874.
- Marc né en 1876.
- Jean né en 1878.

Charles M. J. SIMON est décédé le mercredi 4 mars 1925, à l'âge de 86 ans, à Simencourt (62123).


(2) Hermance CAILLERETZ
est née le mercredi 2 avril 1845 à Simencourt (62123).
Elle est la fille légitime de Marcellin Ambroise Joseph CAILLERETZ, Serrurier, âgé de 24 ans et de Pauline Honorine CUVILLIER, âgée de 25 ans. A sa naissance, elle a une soeur Honorine (née en 1843). 

Elle s'unit avec Charles Marcellin Joseph SIMON, Cultivateur le 18 février 1868 à Simencourt (62)

Hermance CAILLERETZ est décédée le jeudi 24 février 1916, à l'âge de 70 ans, à Simencourt (62123).


(3) Augustin VAST :

voit le jour le vendredi 26 août 1836 à Bailleulval (62123).
Il est le fils légitime de Jean-Baptiste VAST, garçon meunier / journalier, âgé de 39 ans et d'Elisabeth FRANCOIS, âgée de 38 ans.

Augustin sera Journalier.

Sa mère Elisabeth meurt le 17 août 1864, Augustin est âgé de 27 ans.

Il s'unit avec Elisa Joseph SIBILLE, journalière, la fille légitime de Nicolas Joseph SIBILLE et de Marie Colombine Josephe CLABAUX.

Ce couple aura un enfant connu à ce jour :

- Marie Léonie née en 1866.

Ils se marient le mardi 18 septembre 1866 à Bailleulval (62123).

Le 17 décembre 1866 naît sa fille Marie. Augustin est âgé de 30 ans.

Son père Jean-Baptiste meurt le 11 décembre 1871, Augustin est âgé de 35 ans.

Augustin J. VAST est décédé le vendredi 31 juillet 1908, à l'âge de 71 ans, à Vitry en Artois (62490


(4) Elisa Joseph SIBILLE :

est née le lundi 10 octobre 1842 à Bailleulval (62123).
Elle est la fille légitime de Nicolas Joseph SIBILLE, charron, âgé de 43 ans et de Marie Colombine Josephe CLABAUX, âgée de 38 ans.

Elisa sera journalière.

Elle s'unit avec Augustin Joseph VAST, Journalier, le fils légitime de Jean-Baptiste VAST et d'Elisabeth FRANCOIS

Ils se marient le mardi 18 septembre 1866 à Bailleulval (62123).

Elisa J. SIBILLE est décédée le lundi 28 novembre 1921, à l'âge de 79 ans, à Vitry en Artois (62490).


(5) La loi Combes :

ou Loi du 9 décembre 1905 institue la Séparation de l'Eglise et de l'Etat. elle oblige les  communes à ouvrir des maisons d'école ; à charge pour elles de les entretenir et doter celles-ci de moyens.


(6) le certificat d'études :

C'est le 20 août 1866 que sous l'impulsion de Victor Duruy, une circulaire met en place un Certificat d'Etudes Primaires.

En 1882, le Certificat d'Etudes Primaires est institué par la loi Jules Ferry du 28 mars 1882. Par cette loi, l'instruction primaire devient obligatoire de 6 à 13 ans.

C'est ainsi que pendant longtemps, pour la majorité des lauréats, il marque la fin de la scolarité obligatoire et l'entrée dans la vie active.

Jeanne SIMON a du avoir donc son Certificat d'Etudes vers 1909. ce qui n'était pas anodin pour une fille à cette époque et une preuve de l'ouverture d'esprit de ses parents qui n'était pas commun pour des personnes issues de la campagne. L'ascenseur social avait fonctionné !

En effet, jusqu'en 1900, la proportion d'élèves sortant de l'école primaire avec le certificat d'études était d'environ 25 à 30 %.

Ce dernier a été supprimé en 1989 ! (source Wikipédia).

(7) le doyen :

Vitry-en-Artois était un doyenné ; c'est à dire un ensemble de plusieurs paroisses régi par un curé-doyen.

(8) sécularisées :

Les soeurs appartenaient au clergé séculier

(9) la défaite de Charleroi :

bataille qui s'est déroulée entre le 21, 22 et 23 août  1914.

pour en savoir plus : La bataille de Charleroi

(10) Jeanne SIMON s'est mariée le 3 décembre 1918 à Beaumetz-les-Loges (62).

(11) Léonard DERACHE était menuisier-ébéniste.
A Vitry de nombreux escaliers et ouvrages sont à mettre à son actif . Il est même "l'auteur"  des boiseries d'une chapelle située en face du cimetière.

(12)
A signaler que les familles des "internés" se suivaient le long du terrain pour avoir des signes de ceux qui seront déportés. Mes grands parents eurent quelques ennuis  pour "avoir laissé pénétrer des familles d'internés  sur le  "terrain" qu'ils avaient achetés.  ; les gardiens étaient des gendarmes français; ils n'ont jamais vu un allemand...!

































Article ajouté le 2007-03-25 , consulté 344 fois

Commentaires


moune95 le 17/12/2007 à 14:44:53
"La loi sur le droit à l'image et le respect de la vie privée m'impose de retirer les dits documents "
Au nom de quoi ces images appartiennent davantage à ce Monsieur qu'à toi ? C'est ton histoire. Ta grand-mère. Ton grand-père. A toi. Cela fait partie de toi. Je ne vois pas ce qui déterminerait le droit d'un membre de la famille par rapport à un autre concernant des défunts... Justement ouvrons peut-être un débat familial. Un référendum familial ? Si tant est que le terme famille s'impose pour les relations si peu suivies que vous avez...
bilbo95 le 17/12/2007 à 14:34:48
Que faire ? La loi sur le droit à l'image et le respect de la vie privée m'impose de retirer les dits documents et le commentaire qui va avec et de respecter ainsi le voeu de son auteur et des propos qui n'engagent que ce dernier. Ou bien respecter la propriété intellectuelle de la réalisation de ce blog car je pense que les documents publiés ici ne dérangent plus grand monde aujourd'hui à fortiori quant une photo prise de très loin ne laisse pas distinguer grand chose d'un petit garçon aujourd'hui devenu grand. Ces documents font partis de mon histoire et de l'Histoire en général.
Où est le malaise ? J'ai du mal à comprendre ! Quant à la photo de mon grand-père maternel ; on peut la trouver ridicule mais elle fait partie de mon histoire. En effet je me suis toujours demandé pourquoi la photo d'Oliver Hardy trônait dans notre maison; à moins que l'on ne m'ait pas donné tous les éléments nécessaires pour décoder cette image !
Je ne pensais pas qu'au détour de ce blog qui se voulait anodin, j'allais déclencher une polémique familiale.
Oui moune, je pense qu'une fois de plus tu as vu juste.
Et je n'ai toujours pas de réponse à mes interrogations.
moune95 le 17/12/2007 à 10:38:40
Je constate avec tristesse que certaines personnes s'accordant une importance démesurée ne comprennent pas que ce blog t'appartient et que l'histoire de ta famille t'appartient comme à eux, et que ce blog, cette passion pour la généalogie, ne sont au fond qu'une thérapie pour un petit garçon qui, plus de trente ans plus tard n'est pas remis de la mort de sa maman. Mort à laquelle personne n'avait songé à le préparer, mort à la veille de la fête des enfants ! Ce petit garçon devenu grand, qui est resté pantois avec son cadeau tendrement confectionné pour sa maman, avec le chagrin suprême pour un enfant, celui de perdre son étoile, ce petit garçon qu'on a simplement éloigné quelques jours, sur le lit duquel on a posé le corps de sa mère décédée (belle preuve de psychologie !), ce petit garçon qui avec le recul a été bien seul avec ses questions et son chagrin, celui-la, plus que tout autre dans cette famille a le droit de s'approprier son histoire et ses photos, de s'accrocher au passé à sa façon, et d'essayer d'oublier sa douleur si proche encore en se plongeant dans l'histoire plus lointaine... Ce blog n'est qu'à toi. Kiss
n mario le 28/03/2007 à 19:25:19
j ai appris certains faits ce je ne connaissais pas

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