Des Instituteurs, témoins de leur temps !

La parution récente de livres  sur nos villes et villages renoue avec une vieille tradition : celle des mongoraphies locales, domaine quasiment réservé avant la première guerre mondiale, des instituteurs de la première génération appelés  " Les Hussards Noirs de la République".

Encouragées par l'inspection Académique, la rédaction de ces monographies feront même l'objet d'un concours national au cours de l'Exposition Universelle de 1900.

A cette occasion, ce sont les instituteurs de la Seine et Oise (aujourd'hui le Val d'Oise) qui remportent le grand prix du concours avec 689 monographies de communes réalisées à la demande du Ministère de l'Education Nationale.

Quelles ont été les raisons de cette profusion et de cet engouement pour les monographies ?

Francine MUEL-DREYFUS (1), dans un ouvrage(2)  apporte deux éléments réponses :

La première résulte d'un déracinement culturel lié à une double appartenance sociale : celle de l'origine paysanne des instituteurs et celle du nouveau statut social qu'ils occupent dans la société villageoise de l'époque. Ce déracinement est d'autant plus fort que l'Inspection ne favorise pas le rapprochement familial ; ainsi, il n'est pas rare de voir ces instituteurs changer fréquemment d'affectation , tout en restant dans leur département d'origine, n'obtenant qu'en fin de carrière un poste qui les rapproche de leur village natal.

"En quelque sorte migrants par profession, contraints à s'installer plusieurs fois au cours de leur vie dans ces maisons d'écoles nouvelles et toujours identiques-l'exercice de leur métier les oblige à un travail de deuil... "(3)

L'histoire familiale et le déracinement sont au centre de l'histoire locale.

La deuxième explication, quant à elle, est beaucoup  plus terre à terre : elle correspond à une demande des fractions républicaines des débuts de la 3ème République. " Les travaux d'histoire locale...constituent autant d'arguments dans la
lutte.. qui oppose les républicains aux conservateurs (4).

En effet, et les généalogistes le savent bien, la constitution et le traitement des archives locales étaient sous l'ancien régime l'apanage des prêtres. L'instituteur, quant à lui, sera tout naturellement désigné, au travers de son rôle naissant de secrétaire de Mairie, pour être l'archiviste de la République ! C'est une compétition qui s'instaure entre l'Eglise qui revendique la Tradition et "l'Ecole qui guette l'évolution quant aux méthodes et aux agents  garants d'une bonne histoire locale".(5)

Il reste, que beaucoup de ces monographies ont aujourd'hui disparu ! D'autres ont été conservées. A titre d'exemple, celles de l'ex-Seine et Oise, ont été versées et sont conservées aux Archives départementales du Val d'Oise.

Le généalogiste devra consulter les inventaires des fonds des Archives Départementales pour avoir une chance de les repérer. Ils devront également se tourner vers les bulletins des Sociétés Savantes très fréquentées par les instituteurs de l'époque. Ils sont également conservés aux AD.

D'autres pistes sont à explorer comme la série T des A.D. consacrée à l'Enseignement.

L'I.N.R.P.* conserve quant à elle, les monographies des Ecoles Normales.


(1) Francine MUEL-DREYFUS, sociologue, Chef de travaux au Centre de sociologie de l'éducation et de la culture de l'école des hautes études en sciences sociales.

(2),(3),(4),(5) "Le métier d'éducateur" Editions de Minuit.(1983)

* Institut National de Recherche Pédagogique.


Pour aller plus loin :

"La Vie Quotidienne des Premiers Instituteurs 1833-1882" de Fabienne Reboul-Scherrer  France Loisirs.(juin 1990)

La République des instituteurs, Mona Ozouf et Jacques Ozouf, Gallimard, 1989




Article ajouté le 2008-04-29 , consulté 22 fois

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