DE VOUS AIEUX, en passant par moi !

DE VOUS AIEUX, en passant par moi !

Carnet de guerre par Henri HIDIER 1ère partie

CAMPAGNE 1914 – 1915

 

Journal de guerre

De Henri Désiré HIDIER

Caporal Infirmier

du 146ème Régiment d'Infanterie.

(Retranscrit par J.M.HIDIER)

 

 

(archive familiale)

 

Henri HIDIER est  né le 31 juillet 1889 à Pouilly en Auxois. Il est appelé au service armé au titre de la classe de 1909. Il est incorporé à compter du 5 octobre 1910. Après son instruction il passe au Petit Etat Major de l'Ecole d'Application du Service de Santé Militaire. Envoyé dans la disponibilité le 25 septembre 1912, il est rappelé à l'activité dans le cadre de la mobilisation générale du 2 août 1914. Atteint par la fièvre typhoïde  il est évacué sur les arrières pour se faire soigner, classé « service auxiliaire » par la commission de réforme de Carcassonne du 5 novembre 1915. Maintenu « service auxiliaire le 18 février 1916 par la même commission, il sera classé « inapte provisoire » puis inapte définitif « à servir aux armées » en février 1918. Versé dans la réserve territoriale, il sera libéré définitivement  de ses obligations militaires en octobre 1937.



Henri HIDIER (assis au centre) lors de son service en 1910.




 (archive familiale)

AVERTISSEMENT :

Le Carnet de guerre de mon grand-père m'a été transmis par mon père. Il est rédigé sur un cahier relié et cartonné qui a été acheté "A L'Hirondelle" La Papeterie Normande située à l'époque 32-34 passage du Hâvre à Paris pour la somme de 1 franc 20 centimes.

Compte tenu de la bon état et de la bonne présentation de ce carnet, je pense qu'il a été rédigé après coup à partir de notes prises sur le terrain.

Il couvre la période d'août 1914 à mai 1915.

Pour une meilleure lisibilité du texte, les fautes d'orthographe ont été corrigées et la ponctuation remaniée.

C'est une chronique au jour le jour des évènements tels qu'ils ont été vécus par
le caporal-infirmier HIDIER.

On notera que ce dernier ne s'attarde pas à décrire les blessures et les souffrances des blessés ne serait-ce que par respect de ces derniers ou simplement par pudeur. Il se dégage du texte 'une certaine "bonhommie" où la recherche de la nourriture semble être une des tâches des plus importantes de notre infirmier.

Afin de donner encore plus d'authenticité  , vous trouverez des liens qui viendront en résonnance ponctuer ce récit. ces liens vous mèneront directement au Journal de Marche et d'Opération du régiment en ligne sur le site "Mémoire des Hommes".

LA MOBILISATION

1er août 1914 :  => Journal de Marche et d'Opération

 

En me rendant à la gare, à l'heure habituelle pour prendre mon train afin de reprendre mon travail, je rencontre le facteur qui me remet, l'ordre d'appel immédiat et sans délai ; je fais demi-tour et rentre à la maison pour faire mon paquet.

Je quitte mes parents ou plutôt Maman et Ninie à 2H de l'après-midi, Papa et Charles m'accompagnent jusqu'à la gare de Lyon. A Paris je dis au revoir à Germaine puis je me dirige à la gare de Lyon où je prends le train à 5H50, arrivée à Melun à 7H10. J'apprends que le bureau du 146 ne sera ouvert que le 2, je cherche une chambre que je partage avec 2 autres soldats avec qui j'ai noué quelques relations. Nuit agitée car l'hôtel se trouve à proximité de la gare et toute la nuit les trains n'arrêteront pas de circuler.

  2 août :

 Après un nettoyage sommaire et un déjeuner frugal, je gagne le lieu de rassemblement. Je fais la rencontre de Pourot, ensemble nous passons au Bureau et sommes versés tous les deux à la 25éme Compagnie « Salle des Fêtes ». Nous nous y rendons. Il est onze heures, nous déjeunons et ensuite commençons à nous équiper. Le soir, je couche sur un fauteuil, mais je dors très mal car toute la nuit je suis réveillé par des hommes qui rentrent en état d'ivresse.

 3 août :

 Je fais partie du bureau situé à la porte principale de la salle des fêtes et destiné à enregistrer le nom des arrivants. Pourot est avec moi, je constate l'arrivée de Félix à neuf heures. Le médecin major vient pour passer la visite. Tous les trois nous nous faisons connaître et aussitôt nous nous mettons au travail, pour installer l'infirmerie. Nous ne possédons que quelques médicaments. J'établis une liste de tout ce qui nous sera nécessaire et demande l'approbation du médecin. Le soir, nous couchons à l'infirmerie.

 4 août :

 Muni d'une lettre du médecin major, je me rends à la caserne du 31ème d'infanterie et je rapporte deux cantines médicales réformées. La première contenant les médicaments, la seconde contenant les outils pour le cas d'une intervention chirurgicale. A la contre-visite, nous recevons les félicitations du médecin major pour avoir en si peu de temps organisé l'infirmerie. Le soir je sors en ville et dîne au café des Palmiers.

 5 août :

 Visite médicale de huit heure trente. Nous trouvons une cuisine bourgeoise où pour un franc dix par jour, en fournissant notre viande, nous pensons être bien nourris. Le soir même nous en faisons l'expérience, et en sommes très satisfaits.

 6 août :

 Visite médicale à huit heures trente. J'établis un service de garde par roulement. Contre-visite à quatre heures : peu de malades. Nous partons dîner à six heures ; à notre retour il y a concert dans le casernement jusqu'à dix heures.

 7 août :

 Visite médicale comme d'habitude ; avec des paravents nous installons une chambre pour isoler les hommes suspects de maladies contagieuses et les partants pour l'hôpital. Contre-visite à quatre heures. Le soir à dix heures, quatre cents soldats partent pour Grubler où deux compagnies sont déjà installées.

 8 août :

 Visite à neuf heures. Rien de particulier à signaler.

 9 août :

 Visite à huit heures trente : un cas de rougeole. Je réquisitionne une automobile pour le conduire à l'hôpital. Le tantôt, pas de contre-visite. Le quartier étant déconsigné, j'en profite pour faire une promenade en barque sur la Seine en compagnie de Félix Pourot et Gounel, caporal tout récemment arrivé. Nous rentrons à six heures à l'infirmerie, rien de particulier à signaler dans la soirée si ce n'est un concert toujours dans la salle des fêtes.

 10 août :

 Visite à huit heures trente. Rien à signaler.

 11 août :

 Visite à neuf heures trente. Arrivée de Naudin, caporal présenté par le capitaine remplissant les fonctions de commandant major ; c'est un capucin. Il arrive de Maastricht. Le tantôt nous voyons arriver douze étudiants en médecine. Monsieur Malvy demande à ce qu'ils fassent leurs classent et ensuite ils seront affectés à l'infirmerie où suivant les inscriptions de médecine qu'ils possèdent ils seront nommés au grade de médecin major ou de médecin auxiliaire.

 12,13,14 août :

 Visite à huit heures trente. Contre-visite à quatre heures. Arrivée le douze de Monsieur Million, médecin adjoint-major de première classe. La journée du douze a été bien triste pour moi car elle aurait dû être un jour de joie sans cette guerre maudite.

 15 août :

 Visite à huit heures trente. Rien à signaler.  Monsieur Million est désigné au rapport comme chef de service. Pas de contre-visite car nous avons quartier libre. Les personnes chez qui nous prenons nos repas nous offrent une partie de pêche. A trois nous ne prenons pas une livre de poissons.

 16 et 17 août :

 Rien à signaler si ce n'est l'installation d'une autre infirmerie à Grubler.

 18 août :

 Arrivée de Monsieur le médecin adjoint-major Bertrand. Les malades vont diminuer en nombre car malgré qu'il soit médecin civil, il a tout à fait le caractère du médecin militaire. Le soir à onze heures à la gare de Melun, départ pour le front du 1er contingent de 800 hommes chargé de renforcer le 346ème de réserve. Les hommes partent le cœur gai, ils ont tous des fleurs à leurs fusils. Germaine par lettre me fait savoir qu'elle arrivera demain soir. Les personnes chez qui je mange m'offrent une chambre. Je n'ai pas le temps de répondre à Germaine.

 19 août :

 Visite à neuf heures à l'infirmerie Grubler. Je demande la permission de la journée du 20 : elle m'est accordée. Le soir je dîne rapidement et me rends à la gare à 7h40. Le train venant de Paris entre en gare ; Germaine et Madeleine sont dans le train, je suis heureux. Nous nous dirigeons tous les trois dans la chambre qui m'avait été offerte, je reste quelques instants avec elles deux puis regagne mon cantonnement.

 20 août :

 Je vais réveiller Germaine et Madeleine à huit heures trente. A neuf heures nous allons à la mairie faire viser leurs passeports. Nous achetons quelques provisions, puis comme il est l'heure de déjeuner, nous nous installons dans le square de Melun, où avec un poulet, un melon, du vin et quelques desserts, nous mangerons gentiment en tête à tête. L'après-midi, nous faisons une petite promenade Germaine et moi, laissant Madeleine à sa lecture. A cinq heures, nous dînons avec ce qui nous reste, puis je les accompagne jusqu'à la gare. J'ai le cœur bien gros. Après leur départ, je regagne mon cantonnement où il y a un concert qui d'ailleurs est brusquement interrompu car le feu est signalé juste en face. Ce n'est qu'un commencement d'incendie vite éteint.

 21, 22, 23 août :

 Je suis désigné le 21 pour assurer le service à Grubler : C'est définitif. Rien de particulier à signaler pendant ces trois jours, si ce n'est l'annonce de la destruction d'un Zeppelin par Brindephone des Moulinais. Quartier libre le 23.

 24 au 31 août :

 Rien à signaler.

  1er septembre : => Journal de Marche et d'Opération

 Etant donné l'avance considérable des allemands, le bruit court que le dépôt va quitter Melun, les uns disent pour Orléans, les autres pour Montargis, rien d'autre à signaler.

 2 septembre :

 Le bruit du départ du dépôt se confirme, mais ce n'est pas pour Orléans pas plus que Montargis, il doit se rendre à Carcassonne. Nous faisons nos préparatifs de départ car il est fixé pour le trois à onze heures du matin. Les cantines médicales sont portées à la gare, le soir à neuf heures j'apprends que je reste avec Monsieur Malvy, pour accompagner un détachement qui doit se rendre à quelques kilomètres de Melun pour faire des tranchées.

1ère PERIODE

 3 septembre :

 Départ à huit heures trente. Nous arrivons au village du Châtelet à deux heures de l'après midi. Nous sommes cantonnés chez un docteur qui nous offre le vin du Rhin et une fine champagne. Nous couchons dans une maison dont les habitants sont partis depuis près de trois ans, nous faisons l'inspection des lieux, nous trouvons une cave bien garnie.

 4 septembre :

 Avant de quitter le Châtelet, nous faisons le plein de nos bidons, nous partons avec en plus deux bouteilles dans les poches de nos capotes, plus quatre livres de veaux payées un franc ; nous déjeunons à Chartered grâce à l'amabilité d'une brave paysanne qui nous a fait cuire notre viande. A une heure, nous repartons pour Machaud où nous arrivons à quatre heures. Nous passons une visite rapide et cherchons un endroit où nous pourrions faire notre repas du soir. Nous dînons de deux lapins et d'un poulet. Je trouve une chambre que je partage avec un autre infirmier.

 5 septembre :

 Nous passons la visite à neuf heures, nous entendons une forte canonnade vers le nord. A onze heures nous recevons l'ordre de nous tenir prêts à quitter Machaud car des patrouilles de huants ont été vues à quelques kilomètres. A deux heures, nous partons pour Melun, nous passons sur le pont de Chartered que des soldats du génie sont en train de miner : il paraît qu'ils vont le faire sauter. Nous arrivons à Bois le Roi à six heures nous faisons une grande halte. Pendant que nous dînons, Duménil s'occupe du café ; il nous l'apporte brûlant. Cela nous réchauffe. Quelques hommes étant trop fatigués pour continuer l'étape jusqu'à Melun, Naudin et Duménil sont désignés pour rester avec eux ; ils devront les ramener le lendemain matin. A huit heures nous repartons, nous traversons la villes en chantant, de chaque côté c'est une haie de spectateurs. Nous arrivons à Melun à minuit trente, bien fatigués, nous couchons à la salle des fêtes.

 Du 6 au 9 septembre :

 Visite à Grubler, comme d'habitude c'est-à-dire à huit heures trente. Chaque jour, nous nous attendons à partir pour Carcassonne. J'apprends à jouer aux échecs.

 10 septembre :

 Il est question de départ, mais d'une moitié seulement du dépôt pour Carcassonne, la seconde partie pour le front. Un caporal infirmier, un infirmier, et un étudiant en médecine devront accompagner le détachement. Le sort me désigne ainsi que Huet, et Delporte.

 11 septembre :

 Visite à huit heures trente . Nous faisons nos préparatifs de départ car celui-ci est fixé pour le 12 à dix heures trois quart du matin. Nous remplissons un sac de médicaments ; le soir avec Delporte nous allons faire nos adieux à quelques personnes de Melun avec qui nous étions en relation.

 12 septembre :

Départ de Grubler à 10 heures ; tous les amis nous accompagnent. En arrivant à la gare, Madame Vincent m'appelle, et me prie de bien vouloir remettre une bague à son mari lieutenant à la 25ème compagnie ; j'accomplis ma mission. Le train part à dix heures trois quart. Où allons nous ?

Jusqu'à onze heures du soir, je contrôle les villes où nous passons : Sens, Joigny, Tonnerre, Montbard, Les Launes-Alésia, Dijon.

 13 septembre !

 Au réveil, je m'aperçois que nous sommes sur la ligne de Langres ; je n'ai plus aucun doute, nous partons rejoindre le 146 qui a été éprouvé à Morhange, à quatre heures du soir, nous arrivons à St Nicolas Harangeville ville distante de quelques kilomètres seulement de la frontière. Nous descendons du trains et faisons à pieds les quelques kilomètres qui nous séparent de Haraucourt ; nous arrivons dans ce village à cinq heures trente nous nous rendons au Château où est installé le poste de secours, mais nous sommes plutôt mal reçus par les infirmiers, nous couchons sur une carpette.

 14 septembre :

 Réveil à cinq heures du matin. Je suis versé au troisième bataillon du 146. Départ à cinq heures trente . Nous traversons Nancy, les habitants nous offrent du café, nous arrivons à Frouard à une heure trente. Je suis bien fatigué, je couche à la mairie sur le plancher.

 15 septembre :

 Réveil à six heures départ à six heures trente. La pluie nous prend à sept heures ; je suis trempé, nous arrivons à Manoncourt en Hoëvre. Je suis passé à quelques kilomètres de Francheville où Marcel est mobilisé.

 16, 17 et 18 septembre :

 Séjour à Manoncourt en  Hoëvre. Visite à neuf heures, contre visite à trois heures. Pour la première fois depuis trois jours, je vais passer une bonne nuit et ainsi pendant toute la durée du séjour.

 19 septembre :

 Réveil à six heures départ à sept heures, il pleut.  Nous arrivons à Chaudenay à une heure.  En traversant Toul, je vois une femme se trouver mal en apprenant la mort de son mari. Visite à quatre heures trente.

 20 septembre :

 Réveil à sept heures il pleut toujours. La pluie d'ailleurs nous suivra pendant toute l'étape. Nous arrivons à Dongermain les Toul à une heure trente. Nous sommes cantonnés dans l'école mais nous couchons dans une grange. Dans la nuit, les premier et troisième bataillons embarquent à la gare de Dongermain.

LA COURSE A LA MER

 21 et 22 septembre :

 Visite à sept heures. A huit heures nous partons à notre tour pour la gare, nous restons jusqu'à onze heures trente à proximité des quais, on nous distribue des vivres de réserves et des couvertures ; nous embarquons à douze heures quarante cinq. Le train part à une heure trente. Nous passons à Neufchateau, Chaumont, Troies,  Fontainebleau, Melun, Corbeil, Le Perreux, Versailles, Mantes à huit heures trente. Le 22 septembre : Rouen à onze heures. Puis nous remontons vers le nord et débarquons à Poix dans la Somme à trois heures de l'après-midi ; nous repartons de cette localité à sept heures trente pour aller cantonner dans un petit village situé à une dizaine de kilomètres. Nous n'y arrivons qu'à onze heures trente ; il nous faut chercher notre cantonnement pendant une demi heure.

 23 septembre :

 Départ à sept heures nous faisons la grande halte à l'entrée d'un petit village pendant que le premier et troisième bataillon iront au village plus loin de six kilomètres. Nous dînons d'une omelette aux fines herbes et d'un bifteck. Nous sommes assez bien cantonnés.

 24 septembre :

 Nous quittons ce village à sept heures. Nous arrivons à Bove à onze heures ; nous nous réunissons pour acheter un lapin. La personne chez qui nous cantonnons nous le fait cuire, nous dînons très bien. Et il y avait longtemps qu'il nous était arrivé de le faire aussi bien. Nous nous couchons et espèrons passer une bonne nuit.  Mais nous sommes réveillés à sept heures : le bruit court qu'il faut se tenir prêts à partir. La voiture est attelée à sept heures dix il y a contre ordre et nous nous recouchons. A huit heures nouvelle alerte, à huit heures dix on ne part plus. Nous hésitons pour nous recoucher. Bien nous en prend, car à neuf heures nous partons, cette fois ci c'est définitif. Toute la nuit nous marchons.

25 septembre : Foukescourt

 A cinq heures du matin nous arrivons au village de la  Folie. Allons nous cantonner ? Il n'en est rien, les compagnies partent pour Rouvroy. Le canon gronde sans arrêt ; le bruit court que nous allons attaquer à neuf heures. La fusillade se fait entendre sur notre gauche ; je cache la voiture le long d'un mur, car je ne suis qu'à quatre kilomètres de la bataille. A neuf heures trente, le médecin auxiliaire Monsieur Grandineau, part aux renseignements, il revient à dix heures quinze ; nous partons avec la voiture et arrivons à Rouvroy sans avoir été vus. Nous cherchons une maison pouvant faire un poste de secours. Il est onze heures ; la bataille fait rage. A onze heures trente on nous annonce que le premier et le deuxième bataillon sont engagés et qu'il y a déjà des blessés. En les attendant, je m'assieds sur un tas de paille situé à côté de l'église en compagnie de Huet et de Liègeois. Nous avons une très désagréable surprise : un obus vient se piquer dans le tas sans éclater heureusement sans quoi, je n'ose y penser. A deux heures, les premiers blessés arrivent. Et cela ne va pas arrêter jusqu'à deux heures du matin. Quatre-vingt-dix-sept blessés me passent entre les mains, pauvres jeunes hommes, beaucoup sont blessés assez sérieusement. A deux heures trente, il ne restait plus que quelques blessés moins sérieux qui n'étaient pas encore évacués sur l'ambulance divisionnaire qui fonctionne au Quesnoy. 

 26 septembre :

 Je prends quelques heures de repos. A dix heures, nous apprenons que notre régiment est entré à Foukescourt et à la Charatte ; à onze heures, un obus tombe sur le clocher de Rouvroy et un second dans un poulailler. Résultat : trois lapins et quatre poules de tués. Nous n'en prenons deux que deux dames veulent bien nous mettre en civet. Nous recevons l'ordre de rejoindre notre régiment. Où est il ? A la Charatte ou à Foukescourt ? Je me rends à Foukescourt avec Chatel . Le poste de secours du premier bataillon y est déjà installé. C'est par centaines que nous comptons les tués et  blessés allemands. Notre 75 a bien travaillé. Dans la cour d'une ferme, je me baisse pour panser un blessé boche ; il me frappe d'un coup de poing en pleine poitrine. Un tas de paille était en feu dans la cour. Un musicien m'a donné un coup de main pour l'envoyer alimenter le foyer. C'est bien fait. Je n'ai aucun remords. Le soir quatre cents blessés allemands étaient évacués. Je ne sais si les boches ont appris qu'il n'y avait plus des leurs dans le village toujours est-il qu'ils nous ont arrosés d'obus, pendant près de trois heures. A dix heures je regagne  Rouvroy.

 27 septembre :

 Je pars à six heures trente pour la Charatte, mais il est complètement impossible de s'y rendre. Il fait trop jour. Le commandant nous donne l'ordre d'établir le poste du deuxième bataillon à Pavillers ? . Je trouve une ferme à la sortie nord du village, ferme que nous abandonnerons soir même celle-ci n'étant pas d'une sécurité parfaite. Pendant que Monsieur Grandineau et Chatel se rendent à la Charatte, je cherche une nouvelle demeure. Je trouve une ferme au centre du village, les brancardiers coucheront dans une grange et nous dans la bergerie. Nous ne sommes pas installés depuis une heure qu'un obus tombe dans la cour voisine, tuant un mitrailleur du 160 et en blessant deux autres grièvement. Nous les pansons et les faisons transporter au poste de secours de ce régiment. A neuf heures, nous nous couchons. Toute la nuit, les obus n'arrêteront pas de siffler au-dessus de la bergerie. A trois heures du matin, nous sommes réveillés par des sifflements plus aigus ; cette fois nous croyons bien qu'il y en a un pour nous. Mais il passe et va éclater à quelques mètres plus loin ; les éclats viennent frapper notre abri, nous l'avons échappé belle.

 28 septembre :

 Nous passons la visite à neuf heures ; la bergerie n'étant pas un abri suffisant, nous demandons à visiter les caves. Nous en trouvons une dans laquelle nous passerons une bonne nuit. A quatre heures, je pars à la Charatte avec Chatel. Nous y allons à bicyclette ; nous trouvons le village en feu, les balles sifflent sans arrêt. Nous entrons au château, nous passons une rafle dans le poulailler, je rapporte un canard et deux poules. Chatel a un petit cochon de lait dans un sac. Nous sortons du village, car les balles et les obus arrivent de plus belle. Nous arrivons sans incident à Pavillers où nous exhibons notre chasse qui est très bien accueillie car depuis trois jours nous n'avons pas touché de vivres. Pendant notre visite à la Charatte, nous avons appris que notre régiment était retourné à Rouvroy.

 29 septembre :

 Visite à neuf heures. Rien à signaler si ce n'est quelques obus qui arrivent sur le quartier de l'église. A dix heures, par le cycliste Fossey nous apprenons que depuis notre départ de Rouvroy on nous considérait comme tués ou prisonniers. Nous regagnons Rouvroy à quatre heures de l'après-midi. Nous y arrivons pendant que les boches bombardent. Nous descendons à la cave. A sept heures trente, nous partons pour Franckviller, où nous arrivons à onze heures. Il faut toucher les vivres, nous couchons dans une cave infestée de rats. Nous repartons à quatre heures.

 30 septembre :

 Pendant toute la journée, nous allons nous promener car nous sommes en réserve d'armée. Le soir, nous cantonnons à Bray sur Somme. Nous couchons dans la mairie.

 1er octobre :

 Même travail que la veille.

   2 octobre :

 Nous sommes en réserve, mais dans un autre secteur du côté d'Albert. Toute la journée nous chassons les grenouilles. Le soir, nous gagnons un petit village où nous attendrons l'heure d'embarquer en autobus. A dix heures nous embarquons, nous roulons pendant deux heures et  descendons de voiture à Mailly/Maillet à minuit. Nous couchons dans une grange.

 3 octobre :

 Départ pour Colincamp où nous arrivons à dix heures du matin. Le poste de secours est installé à l'école, mais toute la journée celui du deuxième bataillon se trouvera dans une oseraie à un kilomètre d'Hébuterne nous voyons le neuvième Corps se retirer en abandonnant ses positions aux boches. Il faut les reprendre ! Résultats : une douzaine de blessés.  A cinq heures nous regagnons Colincamp.

 4 octobre : =>   Journal de Marche et d'Opération

 Visite à cinq heures trente car il faut que les hommes non reconnus puissent regagner leurs tranchées avant le jour. A dix heures, un avion allemand poursuivit par deux français est obligé d'atterrir entre les lignes. Son pilote est parait-il fait prisonnier.

 5 octobre :

 A six heures, je pars à bicyclette avec Monsieur Grandineau pour passer la visite dans les tranchées. Ensuite, nous visitons Hébuterne. Je rapporte quelques provisions, nous nous rendons ensuite à Sailly aux Bois car le poste de secours a été transféré dans cette localité.

 6 octobre :

 Visite aux tranchées, comme la veille. Nous visitons Hébuterne afin de trouver un poste de secours. Nous nous installons à la mairie.

 7 octobre :

 Nous changeons notre poste de secours. Nous nous installons dans un café à la sortie sud du village. Boulay et un infirmier du troisième bataillon viennent nous rejoindre. Nous mettons des carreaux de papier aux fenêtres En un mot, nous sommes très bien installés.

 8 octobre :

 Visite à cinq heures trente. Peu de malades. Barbier va traire les vaches que nous avons trouvées dans une ferme voisine. Vingt litres de lait par jour, quelle noce ! Et avec cela les volailles ne manquent pas.

 9 octobre :

 Visite à six heures trente. Quelques cas de gale sont découverts. Nous déjeunons à heures avec un bon chocolat au lait. A onze heures, deux poulets et des pommes sautés. Le soir rôti de bœuf et une bonne soupe au lait. Pendant tout notre séjour à Hébuternes je coucherais à la cave.

 10 Octobre :

 Visite à cinq heures. Nous traitons les galeux. Nous découvrons un pressoir et comme les pommes sont en grandes quantités, nous allons faire du cidre. 21 litres pour la première fois, ce n'est pas trop mal, nous continuerons pendant quelques jours ; j'oubliais, nous engraissons un porc.

 11 octobre :

 Pendant la visite, Wagner et Chatel sont à la chasse. Ils rapportent sept poules et un canard, voilà des provisions pour quelques jours. L'après midi, nous continuons le traitement des galeux. Gérard et Muller du troisième bataillon viennent nous rejoindre.

 12 octobre :

 Wagner retourne à la chasse et rapporte un cochon de lait. Nous le dépouillons et faisons un excellent repas. Je vais chercher deux sacs boches et quelques souvenirs : une jumelle, une capote, et un aigle de la garde impériale.

 13 au 31 octobre :

 Visite à six heures. Rien de particulier à signaler.

 

…/…

Henri HIDIER en 1915 (à droite)

(archive familiale)

1er novembre :

Toute la journée, ce sera un défilé de soldats se rendants au cimetière porter des fleurs sur les tombes des camarades tués.

2 novembre :

Visite à 6H00 - Le soir, nous quittons Hébuterne à 7H00. Nous regagnons Sailly aux Bois où nous arrivons à 8H00 ; nous en repartons à 8H30 et arrivons à Coing à 11H00; nous couchons à la Mairie.

3 novembre :

Visite à 9H00- Nous touchons les vivres à 11 heures; je me repose un peu dans la journée car nous devons repartir le soir pour Doullens. départ à 10H31.

4 novembre :

Nous arrivons à Doullens à 3 heures du matin. Nous réveillons tous les commerçants de la ville; j'achète quelques provisions, puis avec le Médecin Major nous déjeunons dans une pâtisserie. A 8H00, je me fais photographier. A 8H30 départ pour la gare; nous faisons du café chez la femme du Chef de Gare. Nous embarquons à 11H30 mais nous ne partirons qu'à 1 heure pour une destination inconnue. A 11H20 du soir, nous descendons à Hazebrouck. Nous sortons de la gare pour monter en autobus; cette fois-ci, c'est en Belgique que nous allons.

5 novembre :

Je m'endors dans la voiture, combien de temps avons-nous roulé ? Je l'ignore ! toujours est-il qu'il fait presque jour lorsque nous descendons des voitures ; j'apprends que je suis à 1500 mètres d'Everdinghe , ville de Belgique. Nous cantonnons dans l'Ecole des garçons; nous entendons le canon; toute la journée, il passe beaucoup de cavalerie; nous achetons un lapin.

6 novembre :

Visite à 8H00. la journée se passe sans incident. Dans la nuit, nous sommes réveillés. Il faut se tenir prêt à partir pour 2 heures du matin.

7 novembre :

Départ à 2H00. Nous marchons jusqu'au jour; nous croisons beaucoup de convois du ravitaillement. A 8H00 du matin, nous arrivons en vue de Kemmel. A 10 heures le 1er et 3ème bataillon partent en avant. ils vont attaquer. Le 2ème bataillon est en réserve; nous nous installons en plein champ. Le soir, nous nous mettons à la recherche de quelques bottes de paille car il va falloir coucher à la belle étoile : la nuit a été fraiche, mais nous avons bien dormi.

8 novembre :

Nous trouvons une menuiserie ou nous installons le Poste de Secours. Visite à 8H30. Il faut la passer dehors car nous sommes à l'étroit, un autre poste de secours étant établi lui aussi dans cette menuiserie. Il la quitte dans la nuit. Cela nous permet d'occuper seuls toute la maison.

9 novembre :

Visite à 8H30. Rien à signaler, si ce n'est que je remplis les fonctions de cuisinier du Médecin Chef. Nous achetons un lapin.

10 novembre :

Le Médecin -Major demande à ce qu'un service de garde aux obus soit établi. Il a pour but d'aviser le Médecin dès qu'un obus tombera tro près. Résultat : Lasselle le brancardier père de 4 enfants est relevé et renvoyé dans sa Cie. (motif : a quitté son poste pour venir se sécher au Poste de Secours). Nous en sommes tous outrés, car jamais de mémoire d'hommes, il n'y a eu de sentinelles de placer avec une mission aussi stupide !

11 novembre :

La 5ème Cie se rapproche du Poste de secours. résultat : le Méd. Chef. est affolé car il prétend que celà va lui attirer les obus . Nous nous amusosn tous de sa frousse, surtout que les officiers de cette Cie loin de le rassurer, l"invite à se retirer plus en arrière. Qu'il parte seul ! Quant à nous, nous ne quitterons pas la place ! Surpris, il reste !

12 novembre :

Le 2ème bataillon devant attaquer, le Poste de secours doit le suivre parallèlement. C'est ce que nous faisons pendant toute la journée. Finalement à 8H00 du soir, nous sommes obligés de coucher dans une petite ferme des environs de  Laclite. En cherchant une grange pour les brancardiers, je tombe dans un fossé profond de deux mètres. Je suis mouillé jusqu'au genou. je me sèche tant bien que mal puis nous dinons avec du "singe" et un restant de poulet. les habitants mettent à notre disposition une petite pièce où il y a trois matelas côte à côte et où je passe une excellente nuit. je me réveille à 7H30. Pas de visite à passer.

13 novembre :

Nous partons à 8H00 et nous nous mettons à la recherche de notre bataillon. A 10H00, le cycliste nous retrouve et nous informe que le bataillon est rentré dans ses tranchées. Nous regagnons donc notre menuiserie où nous arrivons à 11H30. Nous passons la visite à 4H00.

14 novembre :

Nous sommes réveillés à 3H00 du matin par une batterie de 75 qui est assez proche de notre poste et qui tire en rafale. En une minute, j'ai compté 91 coups. Il parait que c'était sur un groupe de cavalerie allemande que cette avalanche de ferraille s'est abattue. A 2H00, nous apprenons que nous serons relevés dans la nuit suivante.

15 novembre :

Réveil à 5H00. Nous partons pour St Julien. Nous arrivons à Poperinghe à 9H00. Nous faisons rapidement cuire un petit morceau de viande pour chacun de nous. Nous repartons à 10H30 et nous marchons jusqu'à 7H00 du soir où nous nous arrêtons à hauteur de Brielen. Nous restons près de 2 heures dans un pré à greloter; nous touchons nos vivres. heureusement que nous avons la charette porte-brancard. Elle va nous être d'une grande utilité pour les transporter. Nous repartons à 9h00 du soir.. Nous faisons de nouveau une halte à l'entrée de Boesinghe. Il parait que les boches bombardent le pont sur l'Iser et qu'il faudra passer sur ce pont que par groupe distant d'une cinquantaine de mètres. Nous traversons la rivière sans essuyer un seul obus puis nous continuons notre route. Jusque là, le chemin avait été à peu près sec, mais à partir de Boesinghe, c'est dans 20 centimètres de boue que nous allons gagner St Julien. Nous n'arriverons dans ce village qu' à 6H00 du matin. Nous avons marché pendant 24 heures pour faire 25 kilomètres. mais si les Cies sont rendues, le poste de secours n'y est pas encore ! Il nous faudra chercher encore pendant près de deux heures avant de trouver la ferme qui sert de poste au régiment que nous relevons. Pendant ce recherches, un homme est blessé au bras par balle à côté de moi.

16 novembre :

Je me déchausse car je suis gelé ; mes chaussettes sont trempées et pleines de boue, puis je me couche dans la grange et je dors jusqu'à 2H00 de l'après-midi. Pendant ce temps, le cuisinier et l'ordonnance du Major ont trouvé une maison où ils pourront faire un peu de cuisine. Le soir, nous mangeons une bonne soupe et nous remontons nous coucher.

17 novembre :

Nous installons un poste de relais de blessés. 4 brancardiers et un infirmier sont de service. Le cuisinier change de maison ; nous sommes très bien pour dîner. Chaque matin, je vais passer la visite au poste de relais.

18 novembre et 19 novembre :

Les boches nous donnent du travail. Pendant ce deux jours, une trentaine de soldats sont évacués pour blessures. Un obus est tombée dans la tranchée : il y a eu 5 tués et 11 blessés. C'est du beau travail ! Le 19 dans la nuit, nous sommes relevés par le 153ème d'Infanterie.

20 novembre :

A 2H00 du matin, nous arrivons dans une ferme du village de Vieltje. La maison est déjà occupée par un groupe du 60ème d'Artillerie. Nous couchons dans la grange ; mais avant le jour nous sommes surpris de voir arriver dans notre cantonnement la 11ème Cie. Pendant 4 jours, nous allons être obligés de faire la cuisine dehors et de passer la visite dans la grange. Jamais jusqu'à ce jour, nous n'avons été aussi mal cantonné.

21.22 et 23 novembre :

Visite à 9H00. Nous commençons à voir quelques cas de typhoïde et surtout des pieds gelés. Le 23 au soir, nous repartons reprendre les tranchées. Jusqu'à 2H00 du matin, nous resterons au poste de relais. Attendant que la relève soit terminée, nous installons notre poste de secours dans une maison bourgeoise située au centre du village. Delporte qui était resté pour occuper la maison pendant que nous étions au poste de relais avait préparé du café bien chaud. Nous couchons dans la cave. Remarque : la maison a déjà reçu 3 obus : un dans la cheminée de droite et 2 dans le magasin. La maison se compose d'une cuisine, une salle à manger, un salon, trois chambres à coucher dont deux au grenier, le magasin et une  salle pleine de linge. Sur toutes les cheminées, il y a un crucifix et ces mots « Dieu protège cette maison ».

24 novembre :

Visite à 8H00. Nous faisons ensuite le nettoyage complet des



29/07/2008
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