DE VOUS AIEUX, en passant par moi !

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Correspondance de guerre de Léonard DERACHE

Correspondance de guerre Léonard Derache

 

 Le tirailleur Léonard DERACHE

(premier soldat à gauche au premier rang)

Lettre de Arthur Derache à son fils Léonard réserviste au 127° régiment d'infanterie de Valenciennes

Cette lettre n'est jamais parvenue au destinataire, retour à Henin-Lietard le 9 Septembre 1914 à la mairie.

(lettre-carte)

 

Cher et bien aimé Léonard

 

Ma carte te parviendra-t-elle, si oui tant mieux. Je profite de l'occasion qui nous est offerte pour venir te souhaiter vaillance et courage. Ici nous ne t'oublions pas tu le sais bien nous sommes toujours avec toi par la pensée sans savoir où tu es, nous te suivons toujours par la pensée. Que Dieu t'accorde la grâce de combattre toujours avec honneur et vaillance pour notre chère France. Après les combats, ce sera la victoire. Au revoir cher Léonard nous t'envoyons nos meilleurs baisers et espérons que bientôt nous nous reverrons, ton père et ta mère qui ne cessent de penser à toi ainsi que ton petit frère. Aussitôt que tu le pourras envoie nous de tes nouvelles. Nous te souhaitons bonne santé.

Signé :Arthur, Marie, André*.

*Arthur DERACHE père de Léonard; Marie DECORTE mère de Léonard; André DERACHE son frère.

Lettre de Léonard à ses parents, rue du Puits, Vitry en Artois (lettre-carte)

 

Reims le 18 Sep 1914

Chers Parents,

 

Deux mots pour vous dire que je suis toujours en bonne santé et j'espère que la présente vous trouveras de même. Je suis bien maigri, quel spectacle que la guerre. Nous avons fait Dinant, Namur, St Gérard, Marienbourg, La Héri, Montmirail, Reims. Ce n'est déjà pas peu que voulez-vous. Je termine en vous embrassant bien fort en attendant l'heureux moment de vous sauter au cou. Votre fils Léonard.

 

Lettre de Léonard à ses parents (sans enveloppe)

 

Le 6.10.1914

Chers Parents

 

Je m'étonne beaucoup de ne recevoir de vos nouvelles, lesquelles me feraient un grand plaisir, car de jour en jour j'attends et toujours rien. Voilà deux trois fois que j'écris tout de suite et toujours rien. Comment çà marche à Vitry je me le demande, les Allemands ont-ils fait des dégâts. J'ai vu Elie Coplo-Gorguet, je vous assure que j'ai été très content de les voir.

Où nous sommes nous nous y trouvons bien c'est pour ainsi dire un repos, quoique nous nous trouvons à proximité de l'ennemi. Quand donc ce sera fini ; c'est un problème difficile à résoudre quoique cela marche à merveille pour les armées alliées. Nous allons toucher des gilets de laine, néanmoins j'avais pris l'avance car j'en avais acheté un. C'est bon pour les nuits à la belle étoile.

Plus grand chose à vous dire pour le moment que je suis en bonne santé et j'espère que la présente vous trouvera de même.

(Recommandations) Priez pour moi, car d'un moment à l'autre il peut arriver ce que l'on ne désire pas.

Excusez moi auprès de mon frère car je n'ai encore pu écrire faute de papier. Embrassez Marie ainsi que mon filleul et filleule pour moi.

J'ai reçu des nouvelles de mon oncle, il paraîtrait qu'il partira peut-être si les hostilités ne finissent pas.

A j'oubliais de dire de donner le bonjour à mon parrain et à ma marraine Adeline ainsi qu'à sa famille.

En attendant recevez chers parents mes sentiments affectueux ainsi que mes meilleurs baisers.

Votre fils dévoué Léonard

Quand donc descenderai-je à la gare où j'espère que vous serez là pour recevoir votre gars qui aura bravement défendu son pays.

Vive la France

(et mon père qu'en dit-il ?)

 

 

Lettre de Léonard à ses parents (enveloppe adressée à Monsieur Arthur Derache 1 rue du Puit, via Boulogne, Vitry en Artois, correspondance militaire, date : 8 Octobre 1914)

 

Dimanche 11.10.1914

Chers Parents

 

Vous dire la joie que j'ai éprouvé en recevant de vos nouvelles serait chose impossible ; car vous ne pouvez vous faire à l'idée avec quel désir je tenais à avoir de vos nouvelles, car voyez-vous, le plus grand plaisir que vous pouvez faire à un soldat c'est de recevoir de nouvelles du pays et surtout de ses parents. Vraiment ça commençait à me sembler long, car je n'avais reçu qu'une carte de vous depuis que je suis sous les drapeaux, cela m'étonne que vous n'ayez reçu de mes nouvelles car j'écris souvent presque tous les jours maintenant à l'un et à l'autre ; ça me (desennui) car nous sommes maintenant les hommes de bois, on en quitte plus, alors vous voyez d'ici combien l'on désire d'avoir des nouvelles du pays, quand je reçois une lettre, je la lis et relis quatre ou cinq fois, je voudrais que la lettre dure indéfiniment. Donc, si vous le pouvez envoyez moi le plus souvent de vos nouvelles elles sont accueillies avec tant de joie, il me semble que  je ne suis plus seul et que quelqu'un de ma famille me parle, et que c'est un peu le monde qui revient parfois en lisant les lettres, sans faire attention je réponds tou haut et vous pouvez être sûr que je ne suis pas seul.

J'ai trouvé du papier à lettre et de enveloppes mais à que prix, on n'osera le dire tellement il coute cher, mais que voulez-vous, il le faut.

Les Allboches*  sont-ils évacués, ont-ils fait beaucoup de dégâts.

Dans la lettre précédente, je vous ai dit que j'avais vu Eli Copto et Gorguet, mais maintenant il est impossible de les voir, on est toujours enterrés dans le bois.

Quand je retournerai je vous en raconterai assis le soir au coin du feu parmi vous tous.

En terminant je vous embrasse tous du plus profond du c�ur et je reste toujours votre fils respectueux et reconnaissant.

Répondez moi de suite

Léonard

Mon père travaille-t-il encore ?

*Allboches ( puis boches) est un mot péjoratif pour désigner les allemands qui pourrait être tiré de l'argot français "Caboche" (tête d'homme) . Il pourrait être emprunté à l'anglais "bosche".

 

Lettre de Léonard (sans enveloppe)

 

Le 20 du 10. 1914

Chers oncle mère et s�ur

 

J'ai reçu votre lettre ce matin qui m'a fait grand plaisir d'avoir des nouvelles du pays. Ca m'étonne beaucoup que vous ne recevez pas de mes nouvelles, j'écris tous les deux jours à vous ou à mes parents ou à Hippolyte. Ce que je ne comprends pas c'est que sur tant de lettres que j'ai déjà écrite que vous n'en receviez pas une. Quand j'ai un moment je fais vite une lettre et savez-vous pourquoi pour en recevoir le plus possible, car c'est la seule consolation que j'ai durant ces jours d'anxiété. Pour le gilet de laine en question j'en ai acheté un. En passant dans une ville j'ai acheté des chemises et des chaussettes, des caleçons et un tas de bricoles pour mon utilité et le nettoyage.

Impossible d'en dire plus long. Je suis en bonne santé et j'espère que la présente vous trouvera de même. Si vous pouvez m'envoyer de l'argent vous me ferez un grand plaisir. L'argent que j'aurai en trop si la guerre finit sous peu je vous le remettrai.

Plus rien à vous dire que tout va bien et je termine en vous embrassant tous du fond du c�ur en attendant l'heureux retour.

Votre neveu dévoué et reconnaissant

Léonard

J'ai reçu votre lettre datée du 18 Septembre et je reçois aujourd'hui 20 Octobre votre lettre du 2 Octobre.

Si vous m'envoyez de l'argent faites (svp) recommander la lettre ou envoyez moi un mandat télégraphique.

 

 

 

Lettre de Léonard (sans enveloppe)

L'écriture est tremblante au début, mais redevient correct très vite. Léonard  a été blessé au pouce de la main, dans cette lettre figure un dessin de sa blessure. Léonard est à Grenoble. Au dos de la lettre figure un début de correspondance annulée en date du 6/4/1915. Blessure de guerre le 5 Janvier 1915.

 

Grenoble le 13-4-1915

Chers oncle mère s�ur et toute la famille

 

Comme vous le voyez je fais un effort pour répondre moi-même. Le pouce m'a donné un peu de fièvre tant il me faisait mal. (Dessin explicatif). Il est déboité du poignet car l'os qui partait de la première phalange était fendu aussi et depuis trois mois que je suis blessé il commençait à se carrier.

Je crois que je serai réformé car le médecin traitant me l'a dit, en tout cas si par un hasard je n'étais pas réformé, je passerai dans l'auxiliaire.

J'aurai dût vous répondre plus vite mais il y avait mon pansement qui m'empêchait, j'ai du le faire couper à un camarade.

Je serai bien heureux si j'avais de nouvelles de mes parents car, comme vous avez raison, ils doivent passer une triste crise, si j'ai souffert en campagne, ils n'auront pas moins mérité que moi en souffrant de la faim qui est plus terrible encore, si l'on avait seulement des nouvelles d'eux, seulement trois mots ! Tout va bien. Une seule question les préoccupe (j'en suis persuadé) est-il encore en vie en pensant à moi. Ah ce que la guerre fait de victime, que voulez-vous c'et un destin, ça ne peut aller autrement ; le tout c'est de savoir si ça durera encore longtemps que je reviennes.

Je termine en vous embrassant tous en attendant patiemment mon retour votre �

Léonard

Je ne serai pas guéri avant deux mois.

Demain j'écrirai à Marraine Adeline.

 

 

 

 

DERACHE Léonard Henri Joseph,

Né le 8 Décembre 1890 à Vitry

 

Matricule du recrutement 1196

 

Détails des services et mutations diverses :

 

Incorporé au 127 régiment d'Infanterie à compter du 9 Octobre 1911. Arrivé au corps le dit jour et soldat de 2° classe. Maintenu sous les drapeaux par application de l'article 33 de la loi du 21 Mars 1905. Passe dans la réserve de l'armée active le 8 Novembre 1913. Rappelé à l'activité le 3 Aout 1914 au 127° Régiment d'Infanterie. Arrivé au corps le dit jour. Proposé pour pension 6° classe n° 64 par décision de la commission de Réforme de Grenoble du 31 Mars 1915. Admis à pension de retraite par décret du 24 Octobre 1915. Rayé des contrôles le 24 Octobre 1915.

 

Campagnes

Contre l'Allemagne, aux armées du 3 Aout 1914 au 24 Octobre 1915.

 

Blessures, Citations

Blessé le 5 Janvier 1915 à Beauséjour, ablation du pouce droit. *

 

 

 

 

Décoration :

Par décret en date du 7 Juin 1928, publié au journal officiel du 21 Juin 1928, la médaille militaire a été attribuée à DERACHE Léonard Henry Joseph, soldat au 1° Régiment d'Infanterie :

 

« 4 ans de services, 1 campagne »

« Titres exceptionnels : beaux services de guerre »

« A été blessé et cité »

 

A Cambrai le 29 Octobre 1928

Le chef de Bataillon LARBEY Commandant

 

 

 

 

 

Théâtre des opérations du 15 février au 7 mars 1915

Léonard a été blessé à Beauséjour


pour en savoir plus sur le 127ème régiment d'Infanterie :

www.chtimiste.com


* Le 5 janvier 1915, la 9ème Cie du 127ème RI attaque le Fortin de Beauséjour. Un peloton que mène l'adjudant-chef Gransart, parvint malgré les fils de fer à entrer dans les tranchées du Fortin, mais l'adjudant est blessé, le reste de la Cie arrêtée, par le feu de l'ennemi que protègent les fils de fer, ne peut soutenir les premiers occupants qui reviennent. ( source historique du 127ème RI, Anonyme, P.FASSIAUX-DUFRENNE, 1920 et numérisé par Julien Brasseur).

Le Journal de Marche et d'Opération du 127ème rapporte pour cette journée qu'au cours de cette attaque il y  eut 25 tués et 73 blessés.

 

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20/12/2014
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