DE VOUS AIEUX, en passant par moi !

DE VOUS AIEUX, en passant par moi !

Nous avons tous nos héros !

La guerre de 14 a fait plus d'un million trois cent mille morts côté français. Chaque commune de France possède aujourd'hui un monument aux morts qui nous rappelle cette tragédie sans compter les cimetières qui bordent les routes des campagnes du Nord et de l'Est de la France.
Pire encore, il n'est pas une famille qui n'ait été touchée de près ou de loin par le décès d'un de ses proches.
On ne comptait plus, après la guerre, le nombre de veuves et d'orphelins.
Qu'ils soient officiers ou simples soldats, notables ou inconnus ils sont tous
"morts pour la FRANCE"  et ce sont nos héros.

Mon héros à moi s'appelait Marcel HIDIER ; c'était mon grand-oncle. Je ne l'ai pas connu car le sort ne l'a pas voulu. Sa vie s'est arrêtée un jour de février 1917 dans un camp de prisonnier en Allemagne.

Je lui dédie ces quelques lignes :

 

Marcel HIDIER ; Employé de banque, voit le jour le lundi 11 septembre 1893 à Pouilly en Auxois (21320).
Il est le fils légitime de Désiré HIDIER, Géomètre / Photograveur, âgé de 39 ans et de Gabrielle  MERCEY, Domestique, âgée de 31 ans. A sa naissance, il a pour frères et soeurs : Henri (né en 1889) mon grand-père, Eugénie (née en 1891).

De la classe 1913, il est incorporé au 167ème Régiment d'Infanterie à compter du 27 novembre 1913 en tant que soldat de deuxième classe

2 citations :

1°) "Sergent au 167ème Régiment d'Infanterie, matricule 3043, 9ème compagnie. A entrainé vigoureusement sa demi-section à l'assaut d'une tranchée ennemie fortement organisée et dont il s'est emparé. Ayant vu tomber son chef de section, a pris résolument le commandement de sa section. A fait de nombreux prisonniers. S'est maintenu pendant deux jours et deux nuits sous un feu meurtrier d'artillerie, faisant preuve de beaucoup de courage et d'énergie. A été nommé adjudant. (J.O. du 8 juin 1915).

               (photo : archive familiale)

2°) Sous-Officer remarquable par ses qualités de bravoure et d'audace; le 25 septembre a entrainé, sa section à l'assaut des lignes ennemies dans un élan irrésistible. Violemment contre attaqué, a défendu le terrain conquis avec une énergie farouche. N'a pas reparu. ( 10ème corps ; Ordre général N°99 du 15 octobre 1915)

A été décoré de la croix de guerre avec palme

 


 

Si Marcel HIDIER n'a pas reparu, le registre matricule dans lequel  figurent ses états de service,  retrouvé aux Archives de Paris nous apporte la réponse. En effet,   l'adjudant HIDIER a été fait prisonnier devant St Thomas le 25 septembre 1915. On peut se rendre compte de l'âpreté des combats car le Journal de Marche et d'Opération du 167ème fait état pour cette seule  journée du 25 septembre de 96 tués, 522 blessés et 452 disparus soit 1070 soldats hors service !

 

Extrait du Journal de Marche et d'Opération

du 167ème RI- Septembre 1915

(source SHD)

extrait du JMO

 

Interné à Vitry (?), le soldat matricule 3043 du 167ème R.I  est transféré au camp de prisonniers de Ludwigsburg dans le Würtemberg (Allemagne). Ceci est corroboré par la correspondance suivie qu'il a avec sa famille et qui s'interrompt brutalement en août 1915 pour ne reprendre qu'en Janvier 1916 ainsi que par les listes de prisonnier que diffusaient à l'époque "la Gazette des Ardennes", journal de propagande diffusé par les Allemands.

 

La Gazette des Ardennes (11 Février 1917)

(archive personnelle)

 

On peut imaginer l'angoisse de ses parents qui ont du rester dans l'incertitude pendant cette période où la mort d'un fils au combat devenait malheureusement chose courante.

Le registre matricule nous apprend également que Marcel a été "blessé par éclat d'obus au mollet gauche le 1er avril 1915 au combat du Bois le Prêtre" ce qui lui valu probablement sa première citation. A la suite de cette blessure, il sera soigné et passera sa convalescence à l'hôpital militaire de Lunel près de Montpellier avant de remonter au front.

Marcel HIDIER pose avec sa croix de guerre vers Juin 1915.

(archive familiale)

La détention de Marcel est ponctuée d'un abondant courrier. On ne parlera jamais assez de l'importance du courrier et des colis qui passaient bon gré malgré. Sur les conditions de détention et pour en savoir plus sur les camps de prisonniers pendant la première guerre mondiale, vous pourrez consulter le site suivant :

Prisonniers de guerre 14/18

Le camp de Ludwigsburg se situait exactement à Eglosheim dans le Würtemberg.



Camp de Ludwigsburg-Eglosheim
(archive personnelle)

Pendant sa détention, l'adjudant Marcel HIDIER participe à l'orchestre du camp.



Marcel HIDIER au camp de Ludwigsburg
(debout : 2ème soldat en partant de la droite)
(archive familiale)


Marcel HIDIER en captivité (1er en partant de la droite)
(archive familiale)
Loin des affres de la guerre, alors que la vie semble suivre son cours au camp de Ludwigsburg, une lettre fatidique en date du 12 février 1917 parvenait Rue Marceau à Nanterre où résidaient ses parents (mes arrières-grands-parents).


Elle est signée de Louis Hugonnier, sergent major au 92ème régiment d'Infanterie, lui-même prisonnier à Eglosheim.

" Monsieur Hidier,

Les liens d'étroite amitié, qui m'unissaient à l'Adjudant HIDIER me fait un devoir de vous informer d'une nouvelle qui vous surprendra aussi douloureusement qu'elle m'a surpris moi-même.

Le Jeudi 1er février, votre fils se sentit pris de violentes douleurs abdominales ; le lendemain, il entrait à l'Infirmerie du Camp.
Le samedi, son état ne s'améliorait pas, il fut transporté à l'hôpital (Stadthospital) de Ludwigsburg. Le médecin s'inquiéta, non pas seulement des douleurs abdominales, mais surtout de la faiblesse du pouls, et craignait une embolie du coeur.

Les craintes devaient malheureusement se réaliser et le Dimanche 4 février courant, votre fils décédait à 11 heures du soir après avoir reçu les sacrements de l'Eglise.

Ses dernières paroles, furent, ainsi que nous l'a dit le prêtre, pour ses chers parents et sa fiancée. Nous l'avons conduit le Jeudi 7 à sa dernière demeure (Cimetière de Ludwigsburg) et nous avons déposé sur sa tombe trois couronnes, l'une au nom des prisonniers de l'hôpital où il est décédé, l'autre au nom de la société artistique du camp et la troisième au nom de ses camarades prisonniers au camp d'Eglosheim.
Je partage, Monsieur, votre affreuse douleur, l'Adjudant Hidier, après avoir fait son devoir sur le champ de bataille, est mort bravement, sans se plaindre, en envoyant aux siens sa dernière pensée.
Il jouissait ici, de l'estime et de l'amitié de tous ses camarades et sa disparition nous a tous profondément émus.
J'ai rassemblé ses différents papiers, lettres, photographies, souvenir de famille. Le tout vous sera adressé par l'autorité allemande du camp dès qu'il leur sera possible de le faire. Ses vêtements et son linge ne vous seront pas renvoyés, les règlements n'autorisant pas ces envois.
Je fais actuellement des démarches pour pouvoir faire photographier la tombe de votre fils. Je pense réussir. Dès que je pourrai, je vous adresserai une ou plusieurs photos du modeste carré de terre étrangère où repose votre regretté fils.
Avant de terminer mon triste message, permettez-moi, Monsieur, de vous dire que c'est de grand coeur que je me tiens à votre disposition pour tous les renseignements que vous pourriez désirer.
Veuillez agréer, Monsieur, les sincères et particulières condoléances d'un camarade de votre fils qui faisait sa vie commune avec lui depuis plus d'un an et veuillez agréer l'assurance de mes meilleurs sentiments.

                                                                Louis Hugonnier, sergent major
                                                                92 ème Régiment d'Infanterie
                                                                Eglosheim - Würtemberg

P.S. votre fils est décédé de "faiblesse du muscle du coeur".

(archive familiale)

On remarquera au passage, toute la délicatesse du message, enrobé d'un vocabulaire choisi et d'une syntaxe parfaite.
Le motif du décès rapporté par le sergent major Hugonnier est confirmé par la fiche signalétique de la base "Mémoire des Hommes" : décédé "des suites d'inflammation aigüe cardiaque".

 Le corps de l'Adjudant Marcel HIDIER sera rapatrié en 1926 à la demande de son frère aîné  Henri (mon grand-père).Il repose en paix à Nanterre dans la tombe familiale. Son père, décédé en 1923, n'eut pas la chance d'assister à son retour posthume.


La tombe supposée de Marcel HIDIER
(archive familiale)


 

(source SHD / Mémoire des Hommes)


Extrait des Noms des Soldats Morts pour le France
sur le Monument de Nanterre
(archive personnelle)

Pour en savoir plus sur le 167ème d'Infanterie :
 

 

Journal de Marche et d'Opération

 

 


 

 

 

 

 

 

 



 





 

 



15/01/2007
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