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J comme Justice !

Mon Ariière Grand Père injustement condamné ?

 

Nous ne rappellerons jamais assez ici,  l'intérêt de consulter les registres matricules miltaires, sources d'informations multiples qui peuvent révéler parfois quelques souvenirs que la mémoire familiale avait réfoulés......

 

Je croyais après trente ans de pratiques et de recherches généalogiques tout savoir de ma famille paternelle, les informations collationnées sur mon Arrière Grand Père m'amènent, aujourd'hui, à faire preuve de beaucoup d'humilité pour ce personnage hors du commun qui a du se battre dix ans de sa vie pour faire reconnaître son innocence !

 

Voici donc le parcours pour le moins atypique de Désiré Simon HIDIER.

 

 

 

 

Désiré HIDIER

 

 

Désiré Simon HIDIER voit le jour le samedi 15 octobre 1853 à Gerland en Côte d'Or .
Il est le fils légitime de Simon Désiré HIDIER , Commis en bois, âgé de 26 ans et de Catherine REMY, âgée de 23 ans mariés le 19 janvier 1853 à Bagnot (21)

 

De cette union naitra également Marie Eugénie le 21 octobre 1856 à Argilly (21)

 

La famille semble s'installer à  Pouilly en Auxois (Côte d'Or) vers 1860.

 

Les parents ont la volonté de donner une instruction aux deux enfants. Désiré sera géomètre* et Marie Eugénie Institutrice.

 

Appartenant à la classe de 1873, Désiré tire au sort le N° 3 qui lui vaudra une dispense de service miltaire.

Non content du sort qui n'a  pas voulu de lui comme soldat,  il se rend  à la Mairie de Dijon le 16 avril 1874 et s'engage comme volontaire pour 5 ans.

 

Le registre matricule retrouvé aux archives de la Côte d'Or nous donne une description physique de Désiré :

 

 

Il mesure 1,59m, possède des sourcils noirs, des yeux bleus, un front rond , un nez petit, une bouche petite, un menton et un visage rond !

 

Son degré d'instruction est confirmé : 1-2-3 . Ce qui signifiait qu'il savait lire et écrire et "possédait une instruction primaire plus développée".

 

Engagé volontaire donc,  il arrive au corps le 19 avril 1874 et est incorporé au 4ème Régiment D'Infanterie de Marine basé à Toulon. Désiré sera donc "marsouin"* surnom donné aux soldats de ce régiment.

 

Il passe caporal le 19 novembre 1874 ; puis sergent le 17 septembre 1875 et sergent major le 2 mars 1876. Il est détaché ensuite à l'Ecole de Tir en 1875 ; obtient la 11ème place sur 225 élèves et le 5ème prix d'ensemble (médaille d'argent)

 

Si tout semble bien se dérouler pour le sergent major HIDIER, sa vie va basculer pendant l'année 1877. En effet, ses états de service nous apprennent qu'il est  "condamné par le 2ème Conseil de guerre maritime séant à Toulon le 13 avril 1877 à 2 ans de prison pour vol au préjudice de son capitaine"

 

Il obtient néanmoins par décision ministérielle du 16 novembre 1878 une remise de peine de 6 mois. Il est libéré de sa peine le 13 février 1879 mais n'en a pas terminé pour autant avec l'armée ! Le même jour, il est versé au 3ème Bataillon d'Infanterie Légère d'Afrique. (3ème BILA)

 

Arrêtons nous un moment sur ces unités plus connues sous leur surnom de Bat' d'Af'.

 

Contrairement à ce que l' on pense, ce ne sont pas des unités disciplinaires au sens strict. Elles ont néanmoins accueilli dans leurs rangs les jeunes hommes déjà condamnés dans le civil, au moment où ceux-ci devaient faire leur service militaire, et des militaires sanctionnés, après leur passage dans des compagnies de discipline. Cependant il est clair qu'il y régnait une discipline bien plus forte que dans les autres unités de l'armée. Initialement, les soldats du 1er BILA sont les Flore, ceux du 2e les Zéphyr, ceux du 3e les Chardonnet, puis le surnom de Joyeux s'impose pour tous, bien qu'on entrevoie encore celui de Zéphyr.

La « spécificité » de son recrutement, qui y réunit un bon nombre de voyous, fait des bataillons d'Afrique un endroit privilégié pour forger les réseaux du milieu parisien de l'entre-deux-guerres (références nécessaires). Ils avaient, dit la tradition, tatoués sur une jambe Marche ou Crève. C'est à cela qu'ils étaient reconnus et respectés dans le milieu, une fois revenus à la vie civile. (source Wikipédia).

 


Le 3ème BILA était stationné à Bône (Annaba) en Algérie . Désiré y effectue le reste de son temps du  21 février 1879  au 16 octobre 1880. On peut donc aisément imaginer ce que furent  les conditions de vie pour Désiré qui se retrouvait pour 8 mois entouré de  compagnons d'infortune  qui n'étaient pas, si on en croit la littérature*, que des enfants de choeur et ce pour un crime qu'il n'avait pas commis !

 

Passé dans la réserve, l'armée lui refuse naturellement le certificat de bonne conduite, Désiré blessé dans son amour propre, lui qui s'était engagé volontaire, n'aura de cesse de crier son innocence et de se battre pendant  7 ans pour obtenir sa réhabilitation.

 

Ce qui fut fait dix ans après sa condamnation, la cour d'Appel de Dijon le réhabilite en date du 6 avril 1887. "En conséquence est effacée la condamnation à 2 ans d'emprisonnement prononcée contre M.HIDIER par le Conseil de Guerre maritime  de Toulon le 13 août 1877."

 

L'honneur retrouvé,  Désiré allait pouvoir reprendre son métier de géomètre à Pouilly en Auxois et songer à y fonder une famille . Si la condamnation a été effacée les années de souffrance et d'humiliation l'ont elles été pour autant ?

 

Est-ce que ce combat allait forger le tempérament et l'engagement de cet homme dont on a dit qu'il serait devenu franc-maçon allant jusqu'à refuser  à son fils tout mariage religieux ?

 

Quel sentiment d'injustice a animé cet homme pour qu'il aille jusqu'au bout de son combat ?

 

Des questions qui resteront sans réponse puisqu'il n'a pas voulu transmettre ce lourd héritage.

 

30 ans après, il verra ses deux fils  partir au combat pour la der des der. L'un d'entre eux, Marcel, ne reviendra jamais. L'armée pour laquelle il s'était engagé volontaire  lui aura pris son fils et son honneur !

 

Désiré n'aura pas à rougir de son fils Marcel qui combattit en héro comme si lui aussi devait réhabiliter son père !

 

Il se marie le 26 juin 1889 à Pouilly en Auxois avec Gabrielle "Henriette" MERCEY fille d'Antoine MERCEY et Nicolle MILLIERE.

 

De cette union naîtront 3 enfants : Henri né en 1889 (mon grand-père) , Pierrine Catherine Eugénie née en 1891 et Marcel né en 1893.

 

Par le registre matricule, nous sommes renseignés sur les différents domiciles occupés par Désiré et/ou  sa famille car, tant que le conscrit est dans la Réserve,  il est dans l'obligation de se faire recenser auprès de la Maréchaussée ou de la Gendarmerie du lieu de son domicile. Il doit être joignable à tout moment pour être rappelé ou effectuer  une période d'exercice.

 

Désiré accomplira une période d'exercice au 57 ème Régiment Territorial d'Infanterie stationné à Auxonne du 3 au 15 Mai 1886.

 

Ainsi nous apprenons que le 23 octobre 1891, Désiré réside à Avernes dans le Val d'Oise au Château chez Blanchard. Puis retour à Pouilly fin 1892 et ce jusqu'en 1896 où la présence de la famille est attestée par le recensement qui y est effectué.

 

En janvier 1897, nous retrouvons la famille HIDIER à Paris. Ils déménagent à deux reprises.

 

Cette montée  à Paris coincide vraisemblablement avec un changement d'activité professionnelle. En effet, Désiré délaisse son métier de géomètre pour devenir photograveur* au journal LeTemps.

 

C'est à cette occasion qu'il est amené à se passionner  pour la photographie. Grâce à lui nous possédons dans la famille quelques photographies qui sont autant de témoignages d'une époque.

 

La famille s'installera ensuite à Nanterre rue Marceau. Désiré y décèdera le 7 juillet 1923 à l'âge de 69 ans. Il n'eut pas le temps d'assister en 1926 au rapatriement du corps de son fils Marcel décédé en captivité en Allemagne.

 

Gabrielle, quant à elle décéda  pour la deuxième fois officiellement le 2 avril 1944 à Nanterre à l'âge de 82 ans !

 

Mais là c'est une autre histoire !

 

 

Pour en savoir plus :

 

Bat d'Af " la légende des mauvais garçons" de Feriel Ben Mahmoud aux éditions Mengès

 

Les Bat d'Af de Pierre Dufour aux éditions Pygmalion.

 

* photograveur :

 

Il effectue l'ensemble des opérations nécessaires à la reproduction et à la mise en forme de documents originaux en noir et blanc ou en couleur (photo, dessin...) sur un matériel technique (film, cliché zinc, typon...) destiné à la réalisation de la forme imprimante. Choisit le mode de reproduction du document original, prépare et réalise la sélection après avoir effectué les réglages nécessaires (trame, contraste, lumière...) et procède à la mise en forme du document sur différents supports techniques (film, cliché...). Peut aussi réaliser les opérations de montage et d'imposition du document.

 

* marsouin

 

Pour l'anecdote, cent ans après, son arrière petit fils allait effectuer son service militaire également chez les marsouins !

 



12/04/2013 0 Poster un commentaire

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